être identifié HPI Surdoué ou Zèbre

Comment peut-on être HPI et avoir un TDAH ?

HPI et TDAH : comment peut-on être à la fois haut potentiel et en difficulté d’attention ? Réponse avec les neurosciences !

Eclairez ma lanterne, Monseigneur !

Le point sur notre cerveau

On imagine souvent le HPI comme un cerveau “plus rapide”, “plus performant”, “mieux connecté”. À l’inverse, on décrit souvent le TDAH comme un cerveau “désorganisé”, “distrait”, “mal régulé”.

Un cerveau HPI et TDAH ?

Comment une personne peut-elle comprendre très vite, faire des liens complexes, raisonner avec finesse… tout en ayant du mal à commencer une tâche, tenir son attention, gérer son temps, ranger ses papiers, répondre à ses mails ou finir un projet ?

À première vue, cela semble contradictoire.

En réalité, ça ne l’est pas.

Parce que le HPI et le TDAH ne concernent pas exactement les mêmes dimensions du fonctionnement cérébral.

HPI et TDAH : deux réalités différentes, qui peuvent coexister

Le HPI, ou haut potentiel intellectuel, désigne généralement des performances très élevées à un test standardisé d’intelligence, souvent situé autour d’un QI égal ou supérieur à 130. Il s’agit donc d’une mesure cognitive, comparée à une population du même âge, dans un contexte donné.

Le TDAH, lui, est un trouble du neurodéveloppement. Il concerne principalement la régulation de l’attention, de l’impulsivité, de l’activité motrice, de la motivation et des fonctions exécutives. Les recherches associent notamment le TDAH à des différences dans certains circuits cérébraux impliqués dans le contrôle attentionnel, l’inhibition, la récompense et la régulation de l’effort.

Autrement dit :

Le HPI répond plutôt à la question :

Quelle complexité cognitive cette personne peut-elle comprendre, manipuler ou résoudre ?

Le TDAH répond plutôt à la question :

Cette personne parvient-elle à mobiliser ses ressources au bon moment, de manière stable, organisée et volontaire ?

Et c’est précisément là que se trouve le cœur du double profil HPI-TDAH.

Une personne peut avoir une grande capacité de raisonnement, mais une difficulté à piloter cette capacité au quotidien.

Le HPI n’est pas “un cerveau meilleur partout”

Une première erreur consiste à croire que le HPI correspondrait à un cerveau globalement supérieur, plus rapide ou plus efficace dans tous les domaines.

Ce n’est pas ce que disent les neurosciences.

Les recherches sur l’intelligence suggèrent plutôt qu’elle est associée à l’efficacité de certains réseaux cérébraux distribués, notamment entre des régions frontales et pariétales. C’est ce que propose notamment la théorie dite P-FIT, ou Parieto-Frontal Integration Theory, qui met en avant l’importance de la communication entre plusieurs régions cérébrales dans les tâches de raisonnement et d’intelligence.

Mais cela ne veut pas dire que tout fonctionne mieux partout. C’est plutôt un profil de hautes performances dans certaines dimensions cognitives.

Le TDAH n’est pas un manque d’intelligence

À l’inverse, une autre erreur consiste à croire que le TDAH serait incompatible avec l’intelligence élevée.

Le TDAH n’est pas un manque d’intelligence.
Ce n’est pas un manque de volonté.
Ce n’est pas une incapacité à comprendre.

C’est un trouble de la régulation.

Dans le TDAH, les difficultés touchent souvent les fonctions exécutives : démarrer une tâche, rester concentré, inhiber une réponse impulsive, prioriser, planifier, maintenir l’effort, gérer le temps, passer d’une tâche à une autre, terminer ce qui a été commencé.

Ces fonctions dépendent notamment de circuits impliquant le cortex préfrontal, les réseaux attentionnels, les circuits de la récompense, ainsi que des neurotransmetteurs comme la dopamine et la noradrénaline. Ces deux neurotransmetteurs jouent un rôle important dans l’attention, la motivation, l’alerte cognitive et les fonctions exécutives.

C’est pour cela qu’une personne avec TDAH peut être brillante dans certains contextes et complètement en difficulté dans d’autres.

Elle peut être capable de produire une analyse complexe en vingt minutes sur un sujet qui la passionne, mais incapable de répondre à un courrier administratif simple depuis trois semaines.

Ce n’est pas une contradiction.

C’est le signe que ses capacités cognitives et sa capacité de régulation ne fonctionnent pas au même niveau.

HPI + TDAH : un cerveau puissant, mais difficile à piloter

Une image simple permet de comprendre le double profil HPI-TDAH :

Le HPI peut donner une grande puissance de traitement.
Le TDAH peut rendre le pilotage de cette puissance instable.

Ce n’est pas que la personne “ne peut pas”.
C’est qu’elle ne peut pas toujours quand elle veut, comme elle veut, au rythme attendu, dans le cadre imposé.

HPI et neurosciences

En neurosciences, l’hypothèse la plus solide n’est pas :
“les HPI ont un cerveau qui va juste plus vite”,
mais plutôt :
“certaines informations circulent et s’intègrent plus efficacement dans certains réseaux cérébraux.”

Le modèle principal : les réseaux fronto-pariétaux

Une théorie importante s’appelle la P-FIT, pour Parieto-Frontal Integration Theory. Elle propose que l’intelligence générale repose notamment sur l’intégration entre plusieurs régions du cerveau : cortex pariétal, cortex frontal, certaines zones temporales, cingulaires et occipitales. Ce n’est donc pas “une zone de l’intelligence”, mais un réseau distribué.

En très simplifié :

Le cortex pariétal aide à manipuler l’information, les relations spatiales, les quantités, les représentations abstraites.

Le cortex préfrontal aide à raisonner, tester des hypothèses, inhiber les mauvaises réponses, planifier, maintenir un objectif mental.

Le cingulaire antérieur participe à la détection des erreurs, des conflits cognitifs, de l’effort mental à fournir.

Les connexions de substance blanche permettent à ces régions de communiquer efficacement entre elles.

L’hypothèse de l’efficacité neuronale

Il existe aussi une hypothèse dite de l’efficacité neuronale : les personnes avec haut niveau de performance cognitive n’activent pas forcément “plus” leur cerveau, mais parfois moins, mieux, ou plus sélectivement, surtout sur des tâches modérément difficiles.

Et la myéline ?

La myéline intervient dans la vitesse et la qualité de conduction de l’influx nerveux. Elle fait partie de la substance blanche. Elle peut donc participer à l’efficacité du traitement de l’information.

La myéline, la densité de certaines connexions, l’efficacité des réseaux, la plasticité cérébrale, les facteurs génétiques, l’environnement, les apprentissages et le développement jouent probablement ensemble.

Le HPI n’est donc pas seulement une “vitesse de câblage”. C’est plutôt une organisation performante de certains systèmes cognitifs.

2. Le fonctionnement TDAH en neurosciences

Le TDAH, lui, n’est pas un trouble de l’intelligence. C’est un trouble de la régulation attentionnelle, motivationnelle, exécutive et parfois émotionnelle.

En neurosciences, le TDAH implique surtout des différences dans plusieurs grands réseaux.

Le réseau exécutif fronto-pariétal

Ce réseau sert à maintenir un objectif, organiser l’action, planifier, prioriser, contrôler l’attention, inhiber une réponse impulsive.

Dans le TDAH, ce réseau peut être moins stablement mobilisé. Des méta-analyses montrent notamment des différences d’activation dans les systèmes fronto-pariétaux chez les personnes TDAH, en particulier dans les tâches qui demandent du contrôle cognitif.

C’est ce qui donne :

“Je sais ce que je dois faire, mais je n’arrive pas à m’y mettre.”
“Je comprends, mais je ne tiens pas l’effort.”
“Je commence, puis je pars ailleurs.”
“Je peux être brillante dans l’urgence, mais incapable de régularité.”

Le problème n’est pas la compréhension.
C’est le pilotage de l’action.

Le réseau du mode par défaut : DMN

Le Default Mode Network, ou réseau du mode par défaut, est actif quand l’esprit vagabonde, pense à soi, rumine, imagine, se projette dans le passé ou le futur.

Normalement, quand on se met sur une tâche externe, ce réseau doit diminuer son activité pour laisser la place aux réseaux attentionnels.

Dans le TDAH, une hypothèse très étudiée est celle d’une mauvaise synchronisation entre le DMN et les réseaux de tâche. Le DMN peut rester trop intrusif pendant l’effort cognitif, ce qui crée des fluctuations attentionnelles, des décrochages, de la rêverie, de la dispersion mentale.

En clair :

Le cerveau devrait passer en mode “tâche”, mais le mode “pensées internes / associations / vagabondage” continue à s’inviter.

Cela peut expliquer pourquoi la personne TDAH peut être physiquement présente, mais mentalement partie ailleurs.

Le réseau de la saillance

Le réseau de la saillance sert à détecter ce qui est important : nouveauté, émotion, urgence, menace, intérêt, récompense.

Il aide aussi à basculer entre le mode interne — rêverie, pensées personnelles — et le mode externe — attention à la tâche.

Dans le TDAH, ce système peut être moins efficace pour sélectionner ce qui mérite vraiment l’attention. Résultat : le cerveau peut être attiré par ce qui est nouveau, urgent, émotionnel ou stimulant, plutôt que par ce qui est objectivement prioritaire.

C’est pour ça que le TDAH n’est pas une absence d’attention.

C’est plutôt :

une difficulté à diriger volontairement l’attention vers la bonne cible, au bon moment, avec la bonne intensité.

Les circuits de la récompense

Le TDAH implique aussi les circuits de la motivation et de la récompense, notamment des circuits dopaminergiques entre le cortex préfrontal, le striatum, le noyau accumbens et d’autres régions.

La dopamine n’est pas “la molécule du plaisir” seulement. Elle joue un rôle dans :

l’anticipation de la récompense,
la motivation,
la mise en mouvement,
l’effort,
l’apprentissage par renforcement,
l’intérêt,
le sentiment que ça vaut le coup de commencer maintenant.

Dans le TDAH, on parle souvent d’une difficulté à mobiliser l’effort quand la récompense est lointaine, abstraite ou peu stimulante. Les psychostimulants utilisés dans le TDAH agissent notamment sur la dopamine et la noradrénaline, et peuvent améliorer l’activation des réseaux liés à la tâche tout en réduisant l’intrusion du mode par défaut.

Donc ce n’est pas simplement :

“il manque de dopamine.”

C’est plutôt :

“les circuits dopamine/noradrénaline régulent moins efficacement l’attention, la motivation, l’effort et l’inhibition selon le contexte.”

Le paradoxe neurocognitif du HPI-TDAH

Le paradoxe, c’est :

la complexité stimule le HPI,
mais elle peut saturer les fonctions exécutives du TDAH.

Une personne HPI voit beaucoup de paramètres. Elle pense en arborescence. Elle repère les nuances, les exceptions, les implications.

Mais une personne TDAH a souvent du mal à filtrer, prioriser, séquencer.

Donc le HPI peut produire beaucoup d’information interne, et le TDAH peut rendre difficile le tri de cette information.

Ce qui donne :

“J’ai mille idées, mais je ne sais pas par laquelle commencer.”
“Je comprends trop de choses en même temps.”
“Je vois tout le système, donc la première étape me paraît absurde ou trop petite.”
“Je peux faire un raisonnement complexe, mais pas envoyer le mail qui va avec.”

Neuroscientifiquement, on pourrait dire :

haut niveau d’intégration cognitive + régulation exécutive instable = pensée puissante mais pilotage irrégulier.

Pour conclure :

Le HPI peut permettre de comprendre vite, de faire des liens complexes, de raisonner avec finesse et de traiter beaucoup d’informations. Le TDAH, lui, peut rendre plus difficile la régulation de l’attention, de la motivation, de l’impulsivité et du passage à l’action.

Autrement dit, une personne HPI-TDAH peut avoir une grande puissance de compréhension, mais un accès irrégulier à ses propres ressources.

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